Au programme : tirage de slip, brûlure indienne au niveau des avant-bras, béquille à la cuisse, torsion de téton, shampoing, fraise au nez, plombier Polonais, pichenette à l’oreille et Texas-Chili-Ball (selon le diagnostic : interaction entre du Tabasco, un téléphone et l’anus). La Geheime Staatspolizei (Gestapo), au meilleur de sa forme, n’a jamais osé dépasser ce degré de torture physique et mentale. Eux, comme nous, ne sommes pas sortis indemnes de cet interrogatoire.

Le résultat est bien meilleur et, parfois, bien pire que tout ce qu’on pouvait attendre. L’exercice est réalisé avec beaucoup d’exigence, de générosité, d’élégance ; avec un sens de répartie toujours maîtrisé et assumé ; un exercice à la hauteur du travail accompli tout au long des 12h de formation que compte ce DVD collector #3. Ils ont su surmonter la médiocrité de certaines questions, ont remodelé cette matière et s’en servir de point de départ à une réflexion personnelle sur la création, largement nourrie par l’expérience vécue. Vous y trouverez donc des choses très intéressantes, un interlude musical avec un joli clip, beaucoup joie, des peines, de la nostalgie, des moments d’une rare intensité et de grande culture, le cours d’une existence ramené à quelques lignes, des questions pour en découdre un peu…

Si vous ne saurez pas tout, vous passerez au courant de cet interrogatoire par tout un éventail d’émotions et arriverez au terme de sa lecture en ayant la ferme impression d’avoir fait une belle rencontre et d’avoir vécu un moment rare, de ceux qui compte !



Les préliminaires


Rembobinez, soyez sympa.

B - J'ai grandi avec un Amiga 500 qui a été mon ami depuis mes 11 ans. Après de vagues études (un rendez-vous manqué en Informatique Industrielle suivi d'un diplôme en Gestion Hôtelière), j'ai rencontré le multimédia en faisant une formation sous Macromedia Director, à l'époque où Flash passait en version 4. La révélation a été totale : je voulais faire bouger des choses à l'écran.
Je me suis auto-formé aux techniques du Web qui se généralisait alors et offrait pas mal de débouchés dans les agences de communication. Assez rapidement, j'ai eu la chance de pouvoir m'essayer à l'enseignement qui s'organisait pour répondre à la demande du marché. Etant plus passionné par le savoir que par son application mécanique et marchande, j'ai, depuis lors, tenté de partager mon temps entre des projets ou des postes concrets et l'exercice de la pédagogie. Je trouve dans l'échange du savoir un plaisir sans cesse renouvelé.
M.G - Oh, et bien en vrac, et plus ou moins dans l'ordre ; j'évite de justesse l'informatique, je suis perdu, découvre Weta Digital et les métiers 3D, les études d'infographie, j'adore la 3D, le painting, les techniques prépresse, un stage dans une boîte de jeux vidéos française, le chef de projet était un con, un bac+3 (graduat en Belgique), quelques doutes, un bref passage dans une première agence web, mon boss était un con aussi, un autre plus long dans une seconde agence, c'était bien, des rigolades ici et là, de l'auto-formation en painting, en graphic design, le temps de se dire que mettre de l'anglais partout ça fait « bien » dans mon métier, quelques projets avec le collectif, hip, on gagne le concours annuel Dark Dog, 110 000 exemplaires imprimés, hop, on se promène dans les bois à 4h du matin par -15°C pour une pochette d'album, c'est dur le graphisme, on boit quelques bières, c'est loin paris, c'est la crise ici (et là), mais nous on s'en fout tant que y'a la nes, du coca et du vin...


A t-il eu un élément déterminant dans cette orientation ?

B - Oui, fatalement.
M.G - Juste une suite logique (et moins logique) d'évènements (et inversement).


Mike Green, pourquoi avoir créé le collectif « vous êtes des pixels » ?

M.G - Tout part d'une bande de 4 potes graphistes qui passent assez de temps ensemble pour se rendre compte que nous nous trouvions chacun dans des agences qui ne nous permettaient pas de nous épanouir dans le graphisme.
De briefings fermés en projets foireux, de clients oppressants en direction artistique désabusée, il restait toujours une censure dans la démarche, toujours une frustration. On s'est tous dit qu'un jour on allait regarder derrière nous et soit d'une part être dégoutés du graphisme, soit constater qu'on aurait dû le faire plus tôt...C'était la seule alternative.


Au sein de ton collectif, avez-vous chacun un rôle, des compétences spécifiques ?

M.G - Nous n'avons pas chacun un rôle clairement défini mais nous présentons tous des compétences diverses et complémentaires valorisées par un diplôme pour la plupart et par la formation continue dans d'autres... On retrouvera un ou plusieurs photographe(s), illustrateur(s), webdesigner(s) et au final tous graphistes et avant tout amis.
Cela nous permet de toucher à tout (ou presque) et tout le temps et ouvre une quantité considérable de portes quand on se considère comme créatifs (ou qu'on essaye...)



Le travail de création


Quelles sont vos sources d’inspiration ?

B - La vie, la nature, tout ce qui avance. Surtout ce que je ne comprends pas.
M.G - Tout ce qui peut se passer, s'analyser, se voir, s'entendre, se ressentir, se lire, se vivre, vous, nous, les gens, la forêt, le cinéma, la photo, les trucs qui font blip blip, les sons saturés, les gens meilleurs que nous, et ils sont nombreux, ça tombe bien...


Mister Green, tes réalisations semblent muries par une longue réflexion. A l’inverse, boblemarin, tes créations (graphiques, programmes, musique) donne plutôt l’impression de s’appuyer sur une démarche plus spontanée. Comment s’établi, pour chacun d’entre vous, le processus de création. Et quelle étape vous semble essentielle ?

B - Ici, on était face à un projet assez peu expérimental. L'expérience fait que certains types de développements se résument progressivement en une série très définie de tâches à exécuter de façon concertée. La dimension créative, pour un site dont on reçoit le design, se situe principalement à certaines nuances dans l'interactivité (aka Fine Tuning). Faire tourner ceci plus ou moins vite, faire apparaître cela avant autre chose.
Les graphistes aiment bien, en général, qu'on essaie de faire le travail comme ils l'espèrent.
M.G - Un processus ça ne s'explique pas facilement...ça se vit plutôt. Logiquement on attend toujours d'un créatif qu'il soit créatif, et ce n'est pas toujours facile que tous les éléments du puzzle s'agencent bien dans notre esprit.
Dans l'ensemble il y a souvent un concept, une idée furtive, un projet oublié, un coup de cœur, bref : un élément moteur qui va lancer la démarche. De là, et selon le projet on va travailler sur papier, en discuter, se lancer dans le bain, chercher de l'inspiration dehors (parce que sortir de chez soi, l'air de rien...c'est bien !).
Une fois que l'on a réussi à trouver une direction graphique ou tout du moins un début de concept et qu'on se pose devant un ordinateur, c'est le moment où on attend la super étincelle magique créative dévastatrice qui va servir de fil directeur pour la suite. Certains appellent ça avoir « le déclic ».
Parfois on l'a directement, d’autres fois ça peut prendre fort longtemps. On s'énerve, on se fatigue, on s'évertue, on oublie de manger, on revient en arrière, on sourit, on est enthousiaste, on revient encore en arrière, on ne conclut jamais vraiment.
L'air de rien, c'est difficile de terminer un projet, et encore plus d'en être satisfait. Je pense que c'est dans cet état d'esprit qu'on crée le mieux. Et puis bah, testez et vous verrez !


Dans ton travail de création, comment se détermine un choix ?

M.G - Par beaucoup d'hésitation et l'envie d'avancer.


Quelques œuvres (musique, littérature, films...) qui ont construit votre univers et affuté votre regard sur le monde ?

M.G - Depuis tout petit ?
J'ai beaucoup lu et pas uniquement quand je pouvais y trouver des images...
J'ai ouvert grand les yeux, et encore plus quand j'ai dû mettre des lunettes.
J'en ai vu, des films...
J'en ai observé, des gens...
J'en ai découvert, des sources d'intérêt littéraires, musicales, et cinématographiques mais dans l'ensemble je n'ai pas quelques noms à jeter dans la fosse aux lions.
Je trouverais ça dommage de n'avoir que deux ou trois noms en tête, je préfèrerais dire que tout ce qui a pu éveiller mon imagination a amplement suffit.
B - Là j'ai deux livres en tête : « le singe nu », de Desmond Morris, « l'éloge de la fuite », de Henry Laborit. Par contre, le film des Doors, il ne m'a rien fait.


boblemarin ; ton univers semble en résistance (contre cette nouvelle société d’image et de communication, dans une recherche de la vérité ; contre la dictature du beau, dans une volonté d’une nouvelle approche de l’esthétique ou une intention de rendre au mauvais goût la place qui lui est dû). Donc, contre quoi te bats-tu ?

B - Heu… Si j'ai l'air en résistance, ce n'est pas un choix. Disons que vivre à notre époque est une expérience contradictoire où il est parfois difficile de connecter les choses.
Par exemple, la mobilité est un atout pour le travail. Mais prendre sa voiture pour aller à une réunion à 100 km, ça pollue. Seulement, si on prend les transports en commun, ça semble revenir plus cher et prendre beaucoup plus de temps. Comme la journée passe trop vite, on n'a plus le temps d'aller faire ses courses dans les petits commerces locaux et on se retrouve au supermarché à acheter des produits importés en avion.
D'un autre côté, refuser de participer à tout ça n'est pas très constructif non plus. Alors je cherche un compromis. D'une certaine façon, j'aime les choses face auxquelles on se pose des questions, ça aide à garder les yeux ouverts. La vérité étant multiple et insaisissable, notre vie n'est qu'une recherche, une question dont la réponse est la question suivante. J'ai une phrase pour résumer cela : "Je ne cherche pas à être heureux, je suis heureux de chercher. "


Mike Green ; ton univers graphique sont construites au travers de techniques et d’influences multiples et ne semble se rattacher à aucunes références de temps ni de lieu. Quelle histoire veux-tu raconter au travers de tes créations ?

M.G - Au risque d'être décevant, je n'ai pas uniquement une seule démarche de création.
Globalement, j'ai surtout envie d'amener une réaction, une émotion, bonne ou mauvaise.
Qu'on trouve ce que je fais comme étant moche est une réaction en soi, c'est toujours mieux que l'indifférence. C'est triste l'indifférence n'est-ce pas ? Et puis au fond, pour avoir une histoire à raconter au coin du feu, je dirais juste ce que j'ai toujours dit : les sujets tristes sont souvent plus intéressants car on peut vraiment s'interroger sur le pourquoi du comment derrière chacun d'entre eux...


Qu’est-ce qui vous motive ?

M.G - Faire toujours mieux !
B - La motivation. Avant, j'étais responsable de la responsabilisation.


Quel est votre plus fidèle compagnon de travail ?

B - Ben, c'est con, mais c'est mon ordinateur. J'aime encore bien, parce que c'est le genre d'outil dont les seules limites sont celles de notre imagination.
M.G - Un crayon et du papier en suffisance...


Mike Green ; en tant que graphiste, qu'est-ce qui t'énerve le plus chez un développeur ?

M.G - Qu'il n'ait pas le sens du détail ou ne voie pas les nuances entre ce qu'il m'a fourni et ce que j'avais demandé...visuellement j'entends...des fois c'est grave ! Comme si je te filais une pomme et que tu me rendais une poire...Enfin voilà, y'a ça ou bosser avec un hippie comme boblemarin !


Même question à toi, boblemarin ; en tant que développeur, qu'est-ce qui t'énerve le plus chez un graphiste ?

Trop ému, boblemarin n’a, pour l’heure, toujours pas voulu s’exprimer. Nous ne manquerons pas de faire une mise à jour quand il aura retrouvé ses esprits. Vous pouvez, néanmoins avoir un aperçu dans le DVD collector.



Un interlude musical


Avec ton groupe House Dance et Trance Acid, tu viens de réaliser un album au joli nom de « Camping Petit Château » (en téléchargement gratuit). Quelques sont tes influences musicales ?

B - Je ne sais pas. Tout et rien, mais surtout tout. C'est juste que je ne fais pas confiance aux radios et aux télés pour ce qui est de découvrir des choses.



Au sujet du DVD Collector #3


Pour en venir au travail que vous avez réalisé sur ce DVD, quelle a été ta démarche artistique dans la conception graphique du site ?

M.G - Houla, une question à tiroir...mais pour faire simple et éviter de décourager la lecture avec des explications longues et fastidieuses, je dirais : en quelques étapes « logiques » !
Réflexion autour de l'ergonomie : quel client, quel type de site, quelle utilisation, quel type d'utilisateurs ira dessus, quelles résolutions d'écrans sont prévues, comment minimiser les clics, ce que boblemarin devra ajouter pour le référencement du site,
Réflexion autour de la technologie : flash, l'utilité de la technique, les limites et les avantages,
Réflexion autour du sujet : un portfolio, quelles catégories, quel contenu par catégorie,
Réflexion autour de la navigation : horizontale, les limites, la structure de la page, où placer les éléments,
Réflexion sur le graphisme : quelle ligne graphique, quelles typographies, quel matériel de base,
Réflexion autour de la réalisation : quel moyen d'obtenir chaque effet, quelle banque d'images libre de droits, comment représenter le collectif clairement,
Réflexion autour de l'animation : comment animer les éléments, quels sont leurs mouvements, quels états « rollover » pour les formulaires.
En gros, il y a pas mal d'étapes logiques qui s'entrecroisent, s'entrechoquent, se défient et se complètent pour obtenir un résultat fini, ou presque.


En tant que formateur, que retires-tu de cette expérience du screencasting, et d’une manière plus globale, de cette forme d’apprentissage ?

B - J'avoue, qu'au départ, je n'étais vraiment pas très convaincu par le screencasting. J'apprends en lisant des articles et si chacun devait être une vidéo à regarder, je n'aurais jamais assez de temps et de bande passante.
Par contre, j'ai eu l'occasion de faire du screencasting dans un cadre plus familial, et l'effet a été saisissant. Après cette première expérience sympathique, j'ai également intégré la vidéo dans mes outils scolaires et la réponse est plutôt positive.



Pour se détendre


Si vous étiez...

Un héros de fiction :
B - Daniel Balavoine ? Ou pas.
M.G - L'écureuil de « Over The Hedge »

Une œuvre littéraire :
B - le mode d'emploi de mon premier graveur de CD, traduit du Taïwanais par un ordinateur.
M.G - Calvin et Hobbes, y'a toujours un sourire à la clé

Une balise html :
B - <nfsw>
M.G - <b> parce qu'elle a été déclassée (comprenne qui pourra)

Une boisson :
B - une chouffe (la bière des castors) ou alors un Mauresque, pendant la pétanque.
M.G - Une Leffe blonde (le « blonde » est important)


Comment tuez-vous le temps ?

M.G - Avec un fusil
B - Oh non, je ne voudrais pas lui faire de mal.


Au fait, de quelles couleurs est ton bonnet péruvien ?

B - Je n'en ai pas. C'est une fausse rumeur orchestrée par Benjamin Pirson


Deux ou trois bonnes adresses, pour une petite virée à liège...

B - Venez goûter mes frites, qu'on en discute.


Mike Green ; as-tu une spécialité liégeoise à conseiller (en dehors du chocolat liégeois) ?

M.G - Les fameux boulets liégeois pardi (le plat n'est-ce pas !)


Une œuvre, un artiste à nous faire découvrir…

B - Dieu, il a fait des trucs pas mal, quand il était jeune.
M.G - Plein ! Pour garder le compte, on a créé un tumblr où on ajoute les créatifs qui nous « parlent »



Pour en finir


Quels sont vos projets, dans l’immédiat ?

B - La domination du monde. Et faire des frites.
M.G - ...que les filles soient nues, qu'elles se jettent sur moi, qu'elles m'admirent qu'elles me tuent... Ou juste faire un peu du bruit dans le graphisme, à liège, en Belgique, et ailleurs...


Une dédicace à faire ?

M.G - A Dorothée, on ne la voit plus beaucoup à la Télévision
B - Une pensée émue pour ma famille.


Comme un hymne à la vie, à l’amour et aux beautés immuables de la nature « Monde de merde » auront été les derniers mots de George Abitbol. Quels pourraient être les vôtres ?

B – « La vie est belle, vive la vie » ou « Merci pour votre compréhension. Claude » ou « Tarif Promo. Wifi Gratuit. »
M.G - « keep moving forward » (parce que dans la comm' faut parler anglais, il parait)



Il semble important de préciser (peut-être l’est-il seulement pour moi) que leurs réponses témoignent simplement d’un moment, s’inscrivent dans un contexte. Il serait légitime d’y voir, dans un premier temps, l’expression véritable d’une personnalité ; de croire que leurs propos en donneraient un caractère définitif. Il est bien évident que celle-ci ne saurait se réduire à ce simple exercice.
Ainsi, dans cette nouvelle société, intégrale selon les termes de Cédric Lagandré (La Société Intégrale), dans laquelle tout doit être segmenté, classifié, archivé, « tagué », sécurisé, raccourci, intégré à la norme et au plus grand nombre, ramené à un simple élément de statistique ; une nouvelle réalité, à terme, « virtualisé » ; tout l’enjeu (et l’intérêt) est ici de replacer de l’ambiguïté, de la contingence, de l’insécurité dans leur discours. Avec la nécessité, in fine, de disposer à nouveau de nous-mêmes, d’y assumer ses doutes et son individualité dans un rapport au monde, concret.

Par l’intermédiaire d’un « double Moi » exutoire et anonyme qu’ils se sont constitués, par le sens de la dérision et du contretemps, par distance et la retenue dont ils font preuve, par la perspective d’un « entre-deux » relatif et incertain, boblemarin et Mike Green, nos deux chenapans, s’en font d’ailleurs clairement le relais.