En investissant à la fois la domaines de la psychologie et de la sociologie et en se situant au niveau globale ou complexe de la pensée (à la manière dont le définir Edgar Morin), Richard Wilkinson met en évidence, statistique à l'appui, ce que nous pressentons tous sans pouvoir le formuler clairement tant les symptômes et les ramifications du problème sont nombreux : plus les sociétés sont inégalitaires, plus elles sont mal en point.


Il fait partout le même constat d'un contraste entre l'enrichissement des sociétés et l'augmentation des problèmes à la fois au niveau social (violences, criminalité, drogue, chômage, prégnance du racisme…) et au niveau individuel (maladies, stress, dépression).
Car, comme de nombreuses études tentent à le montrer, s'il est vrai, pour les pays dits en développement, qu'une certaine croissance matérielle est nécessaire au développement humaine, aux progrès de la santé, de l'éducation, du logement ou de la protection social, au-delà d'un certain seuil de PIB, il n'a plus de corrélation entre le bien-être et la croissance économique.

Le reportage nous apprend, par exemple, que les USA concentre le plus grand nombre de détenus par habitant à la différence du Japon et des pays scandinaves qui sont beaucoup moins inégalitaires (la France se situe au centre du diagramme). De même, c'est encore les USA qui présente un niveau de santé très inférieure à des pays dont le niveau de vie est deux fois moins élevé.
Mais ces problèmes affectent également l'ensemble du tissu social. En effet, il ne concerne pas seulement les plus pauvres, comme on pourrait naturellement le penser ; il touchent également les plus riches dans la mesure où, dans ces sociétés dont les relations entre les individus sont basées sur le seul principe d'accumulation des richesses et de consommation, et de plus en plus imprégnées de logiques de domination et différenciation à l'Autre, ceux-ci « subissent de fortes pressions liées à la conservation de leur rang social, de leur statut » ou à la défense/ protection de leurs biens.

Dans ces conditions, Richard Wilkinson démontre encore les enjeux psychologiques (le mépris d’autrui, le manque de respect, l’affront à la dignité, le besoin de préserver une certaine estime de soi) qui s'opèrent et qui sont autant de causes à la violence et le développement de certaines maladies selon la place que l'on occupe dans la société. Il ainsi insiste sur le fait que la pauvreté relative a des effets bien plus importants, dans nos sociétés riches, que la pauvreté absolue. « A mesure que les préoccupations de survie matérielle s’éloignent, l’anxiété quotidienne va concerner avant tout la manière dont on pense que les autres nous voient et nous jugent »


Les inégalités économiques et sociales engendrées par les politiques néolibérales, qui y voient encore une rançon inéluctable au développement ainsi qu'un principe de stimulation et d'émancipation des individus, nous condamne, selon lui, à une spirale sans fin de croissance économique, de destruction des ressources et de pollution. Il est d'ailleurs rejoint sur ce point par Jean Gadrey et de nombreux autres économistes, pour dire que la croissance telles qu'elle a été pensé par ces politiques n'est plus soutenables et montre chaque jour un peu plus ses limites tant au niveau économique (la crise financière, le système d'endettement sur lequel repose l'économie…), sociale (comme on l'a vu) et écologique. A ce titre, il apparait de plus en plus nécessaire de mettre en place de nouveaux indicateurs de progrès qui ne prendraient plus seulement en compte les moyens matériels produits mais les notions de bien être, d'empreinte écologique, de qualité (opposée à quantité…) et de durabilité des processus.

Certains pays à l'image du Bhoutan ont substitué le PIB au BNB - Bonheur National Brut qui se base sur quatre facteurs : la croissance et le développement économique, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l'environnement et la promotion du développement durable, la bonne gouvernance responsable. Des indicateurs, instaurés en 1972, qui semblaient bien mieux réussir au pays que sa récente conversion à l'économie de marché depuis que la monarchie absolue à céder la place à la démocratie parlementaire.


Pour sa part, Richard Wilkinson a décidé, au sein de sa fondation pour l'égalité, d'apporter son soutient aux entreprises où il n'a pas de trop grande disparité de salaire entre les employés et les dirigeants. D'autres solutions existent comme celle de s'affranchir du système financier et de cette fièvre spéculative, en soutenant les deux seules banques de dépôt, en France, à s'inscrire uniquement dans le développement d'une économie réelle : la NEF et le Crédit Coopérative.


A vous de jouer, et de créer…



Les sources, et pour aller plus loin :

  • Les inégalités nuisent gravement à la santé, un très bon article de Marie Duru-Bellat sur The Impact of Inequality de Richard Wilkinson.
  • Arte Journal, du vrai journalisme, exigent et indépendant !
  • Inside job de Charles Ferguson, un chef d’œuvre du genre pour tout comprendre sur la crise financière 2008 aux États-Unis.