Loin du pittoresque et des lieux communs, loin donc des reportages (de merde) de Jean-Pierre Pernaud, Raymond Depardon montre cette France absente des guides touristiques ou en perte d'elle-même, qui se dérobe le plus souvent aux regards ; un territoire périurbain, de l'arrière [pays], de l'entre-deux, sans véritable identité (ni ville ni vraiment campagne), à la fois familier et étranger qu'on a vu être remodelé imperceptiblement au fil des besoins et du développement urbain ; la France des panneaux routiers, des ronds-points ; des lieux, des intervalles entre un point de départ et d'arrivée, des non-lieux presque extérieurs à soi qu'on traverse depuis l'espace clos de sa voiture et qui n'ont de mémoire, qui s'impriment à notre conscience, que le temps de notre persistance rétinienne. Mais où de cette empreinte fragile ou dans une rupture soudaine avec les habitudes et l'indifférence du quotidien, on jurerait pourtant que quelque chose a bien changé. Enfin, il décrit des « lieux de peu » selon la formule du géographe Michel Lussault, évoquant celle des « gens de peu ».


A première vue donc, à vue de voiture, les particularités et les visages semblent s'effacer et ce territoire ne constituer qu'un éléments de décors rythmant nos voyages. Mais en posant plus longuement le regard, en s'inscrivant dans le particulier comme ces photos nous obligent à le faire, on découvre également une France qui résiste au temps et aux évènements. Avec ces boucheries charcuteries, boulangeries, salons de coiffure, cinémas, bars-tabac, ces devantures aux couleurs vives, Raymond Depardon donne à voir « un territoire qui vit, qui bouge et qui veut vivre le mieux possible » ; ce même territoire qui, progressivement déserté depuis la révolution industrielle, se voit désormais repeuplé par à un exode urbain croissante.

« J’ai visité des lieux très différents, où parfois l’histoire n’a rien de commun d’un "pays" à un autre. Cette distance que je me suis imposée, techniquement et formellement, m’a permis de passer au-dessus des spécificités régionalistes et d’essayer de dégager une unité : celle de notre histoire quotidienne commune » précise le photographe.


Le procédé restrictif et systématique à la fois distancié et terriblement là (la couleurs, dans un grand format carré qui centre le regard et ancre l'élément photographié au sol, la route au premier plan crée une distance entre l'observateur et le sujet ou encore l'absence de visages et de corps comme pour mieux figer leur propre temporalité), auquel Raymond Depardon s'est soumis, rend compte du caractère presque sociologique et historique de ces photos et restitue toute la puissance formelle et les thèmes (obsessions) que révèle son travail.

Car, s'il délaisse, à cette occasion, certains traits caractéristiques de son œuvre (la revendication à la subjectivité et à la force de l'instant, celle des temps-morts, l'importance accordée aux êtres et à leur histoire, au monde rural dont il est issu…), sa marque de fabrique reste intacte : il scrute le réel, la vérité sensible, le particulier et l'universel.



Un travail fascinant et subtile qui aura fait l'objet d'un livre rassemblant près de 300 photos, d'un hors série que Télérama a consacré à la carrière du Photographe et d'une exposition à la Bnf. Celle-ci s'est achevée le 6 janvier dernier (navré pour le retard), mais il restait important de vous faire partager Ça :


La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
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La France de Raymond Depardon
La France de Raymond Depardon
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