Certaines oeuvres témoignent d'une filiation directe avec l'art moderne : cubisme, primitivisme, entre autres choses en isme. D'autres, par la richesse de ses compositions et du décorum, la profusion des éléments visuels et symboliques, rappellent notamment les grandes fresques et peintures caractéristiques de la renaissance dans lesquelles la mystique (voire la mythologie occidentale) s'inscrivait comme un élément central. Mais, ces similitudes et la réalité historique s'en trouvent amputées, ou du moins élargies au regard des différences.
Car, plutôt qu'en Italie, cette révolution culturelle et artistique semble s'être produite au Mexique, puisant l'inspiration formelle en d'autres mœurs et héritages, et dans le sentiment de défiance propre son histoire ou sur une autre planète. Une planète où le soleil serait, par exemple, constitué en julienne de légume rayonnant autour d'une lamelle de concombre, des collines faites de fruits et d'amoncellement de matière organique parfois en putréfaction, où chaque créature peuplant ces terres désolées s'incarnerait, au sens propre, à travers les objets marquant son histoire, ou des souvenirs lointains comme un appel à des existences passées ; chacune, ayant accédé (de gré ou de force) au rang de divinité, errant dans les limbes régies par des lois suprêmes du temps éternel.


On pense parfois à Frida Khalo dans ses oeuvres les plus introspectives ou à ses heures les plus sombres. Même charge symbolique, même abondance de formes et de couleurs, même désenchantement dans la perception du monde et de soi-même (un dernier point que David Ball ne semble toutefois pas partager), même manifestation et utilisation de l'inconscient comme élément constitutif du processus de création (voir à ce propos la vidéo ci-dessous).


J'aurais aimé engager ce long weekend sur plus d'optimisme, vous dire que perce parfois, par delà des enchevêtrements de matière et de nuages, une lueur d'espoir, une éclaircie que tout sourire Evelyne Dheliat nous annoncerait. Mais il n'en est rien ; aucune échappatoire n'est proposée, aucune ligne d'horizon.
Et, malgré ce que pourrait laisser penser l'usage de certains éléments (ce soleil de légumes, un Dieu à tronche de mérou, une rangée de danseuses étoiles ou grains de maïs faisant office de dentition), son œuvre semble, par ailleurs, dépourvue de toute ironie salvatrice. Tout funeste, toxique, corrompu, mélancolique et sombre. Est-ce que c'est clair ?


Si vous n'êtes pas clamés : portfolio de David Ball (l'illustrateur).



David Ball illustrateur
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