Après l’illustre Emile Cohl, je vous propose de s’attarder un peu sur un auteur extrêmement important dans le monde de l’animation, ayant posé les bases créatives d’un domaine de plus en plus présent, il s’agit de Jan Svankmayer.

Cet artiste d’origine Tchèque né en 1934, n’est pas ce qu’on appelle un auteur reconnu. Présent dans tous les cours d’écoles d’animation, ses films sont pourtant toujours aussi peu diffusés (de temps en temps sur arte à 2 heures du mat’ ;-( ) et deviennent peu à peu oubliés. Pourtant l’oeuvre gargantuesque de Svankmayer représente pour la grande majorité de passionnés créatifs dont je fais partie, une source d’inspiration magistrale.


Posons le contexte : issu d’une école de théâtre avec une spécialisation en marionnettes, Svankmayer commence dès 1958 à expérimenter dans des travaux graphiques, des collages sur toile, de l’animation organique d’argile ou d’objets, en se positionnant clairement dans le courant surréaliste. Il se forge alors un univers unique composé d’un ensemble de références artistiques essentiellement surréalistes, d’un goût prononcé pour les créatures de toutes sortes, l’onirisme enfantin et surtout un questionnement permanent sur la condition humaine. On retrouvera notamment dans toute son oeuvre une fixation sur la nourriture qu’il explique lui-même venir d’une phobie enfantine des aliments due à la restriction courante durant le régime communiste de Staline. Il synthétise son art par cette phrase explicite : « dans les vieux grimoires des sorcières, on disait que pour chasser un démon ou un monstre, il fallait trouver son nom. C´est la méthode que j´utilise pour chasser mes angoisses et mes peurs. Je les nomme dans mes films. »


On pourrait passer beaucoup de temps sur cet artiste mythique, je vais me limiter ici à diffuser deux courts métrages majeurs de sa filmographie contenant plus 30 métrages dont quatre longs (dont une interprétation d’Alice de Carroll). Avant cela, il est intéressant de noter que de très nombreux créateurs tous domaines confondus sont profondément inspirés par Svankmayer, par exemple chez deux réalisateurs qui en sont pour moi sont les dignes héritiers : Tim Burton et Darren Aronofsky.

Pour démarrer voici Food, un court qui est en fait un triptyque dédié à son thème de prédilection, chef d’oeuvre magistral d’animation où sans aucune parole, il nous présente sa vision du rapport que l’on entretient à la nourriture et le statut définitivement omnivore de l’être humain. Réalisé en 1992, ce film à été personnellement un véritable choc visuel, j’en suis d’ailleurs peut être pas encore sorti. J’espère que certains d’entre vous qui le découvre aujourd’hui auront un impact similaire.


Enfin je ne peux finir que par Dimensions of dialogue, réalisé 10 ans avant Food et qui en 83 obtint le grand prix du festival d’Annecy et qui fit découvrir au monde l’oeuvre du maître. Toujours des références multiples, un humour sarcastique et un sens de la métaphore visuelle ahurissant. N’en parlons plus, place aux images !


Voila c’est terminé pour ce qui est de cet auteur que, vous l’aurez compris, j’affectionne tout particulièrement. Si cette série vous plaît je compte bien continuer en revenant sur les oeuvres d’animateurs d’exceptions méconnus tels que Ryan Larkin, Norman Maclaren, les frères Quay , ou encore Jiri Trnka.. N’hésitez pas à dire ce que vous en pensez ! Je vous quitte en vous laissant un dernier court (je n’ai pas pu m’en empêcher ;-) ), autre chef d’oeuvre intemporel de Svankmayer.




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