Comme la pionnière et toujours aussi excellente revue XXI, Feuilleton partage le même format, la même exigence graphique et la même volonté de rompre avec la dictature de "l'info en continu", souvent éphémère (elle aussi - comme Field de Rainer Kohlberger - ; le reflet d'une époque peut-être), obscène et vide (avec pour seul motif de se combler lui-même ; les tweets durant le procès de DSK par exemple) dans laquelle le journalisme semble totalement s'abîmer.
La revue prend le risque, donc, de raconter le monde en privilégiant le fond, l’analyse et le style par les grandes plumes du journalisme narratif et des romanciers de renom ; ambitionne de « présenter une certaine vision du monde sans prétendre ni à l’exhaustivité ni à l’illusion de l’objectivité ». Le résultat, hybride et cosmopolite : 256 pages de reportages étrangers et de nouvelles littéraires, le tout accompagné d’infographies, d’illustrations et de photographies.

Le premier numéro propose un reportage de sur près de quarante pages de David Samuels, l'un des journalistes vedette du New Yorker, sur une bande des voleurs de bijoux, un reportage en Afghanistan signé Dexter Filkins (sur le Krach de la Kaboul bank), une nouvelle de Jonathan Franzen sur la désagrégation d'un couple entre Paris et New York, un texte de Daniel Mendelshon sur les luttes de pouvoir à l’intérieur de la bibliothèque apostolique vaticane… Partant du principe que le passé éclaire le présent, Feuilleton propose aussi un édito d'outre-tombe et un article exhumé (un inédit écrit par George Orwell en 1946) mais dont l'actualité refait surface.


La vidéo se close sur une nouvelle citation : « Essayer de déterminer ce qui se passe dans le monde par la lecture des journaux revient à essayer de donner l'heure en ne regardant que la grande aiguille d'une pendule », Ben Hecht.