JUL & MAT, l’art de bricolage

Réalisé par JUL & MAT, Georges Hands (comment l’expliquer simplement ?) est un détournement d’un autre détournement ; à la fois un détournement de Daft Hands (vu 40 115 612 fois sur Youtube... Et toujours ces interrogations sur les motivations de la psyché humaine qui se posent à moi) ainsi qu'un détournement de Harder, better, faster, stronger des Daft Punk à la manière de Georges Brassens par La Pompe Moderne (Plus dur, meilleur, plus rapide, plus fort).

Si l’explication peut paraître déconcertante et hasardeuse, le résultat s’impose avec la même évidence, la même habilité que celles qui s’exprime sur l’ensemble de leurs travaux. « L'homme 100 têtes » et « Music Painting » (clip non officiel de Metronomy pour On The Motorway), s’affirmaient déjà dans leur élégante simplicité et offraient, à Julien Lassort et Matthieu Burlot, l’occasion d’illustrer un art du bricolage revendiqué, leur goût pour les jeux de construction, comme leur capacité à dépasser les genres et les formats.



« L'homme 100 têtes »


« Music Painting »

Michel Gondry n’est jamais très loin ; et l’introduction à un texte qu’Astrid Karoual consacre à ce dernier pourrait être également la meilleure façon de définir leur travail : « Alors qu’Internet et les technologies les plus avancées proposent sans cesse de nouveaux supports de communication et d’information, la sphère de la création artistique, en réaction à de telles effusions de la modernité, connaît un renouvellement des formes d’expression plus primitives voire archaïques. Ainsi, la musique, les arts plastiques et visuels manifestent la nécessité de revenir à des procédés plus humains tout en usant de la sophistication technique actuelle. C’est alors que des artistes tendent à rendre la mécanique moins froide et plus accessible. »


La Pompe moderne, grandeur (et décadence) d’un temps révolu

D’une certaine manière, cette volonté de revenir à des formes d’expression archaïques, cette réaction à de telles effusions de la modernité s’appliquent également aux les reprises de chanson de La Pompe moderne.

Le mot bien placé, le flow bien posé et les R bien roulés ; les paroles, y prennent une autre résonance. On ressort au terme de cette écoute avec la certitude que rien ne change vraiment et que, quelles que soient les sociétés et les époques, nos interrogations sur l’existence (Diam’s, DJ), nos aspirations (Daft Punk, Harder, Better, Faster, Stronger), nos joies (La Compagnie Créole, Le Bal), nos combats (IAM, Le Mia) demeurent toujours les mêmes. Seuls diffèrent, finalement, les moyens (technologiques) de les exprimer…
On peut aussi se dire, simplement, que la richesse d’une œuvre ou d’un texte défie le cours du temps ; que le style et le bon goût ne sont jamais démodés.

En ressuscitant les artistes majeurs de la chanson française, en ravivant les splendeurs d’une histoire à jamais révolue, en assumant cet héritage, La Pompe Moderne veut peut-être nous délivrer ce message : « c’est en se tournant vers le passé qu’il est, dès lors, possible de mieux comprendre le présent » ou « le passé, c’est aussi la modernité » ou encore, dans un discours plus technique « la vie n’est qu’une redondance cyclique ». Ou peut-être : « c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe »… Bref, voici deux liens pour prendre toute la mesure de cette démarche : le premier et le second.

Nous offrons 10000 emotunes à celui qui, tel un prophète un peu médium, nous transmettra leur véritable, leur plus belle parole.


Pour conclure, je vous laisse avec un clip réalisé par Michel Gondry pour Devendra Banhart prolongeant ces belles réflexions.